Pédicure médicale ou podologue: qui appeler?
Entre la pédicure esthétique, la pédicure médicale, désormais aussi appelée pédicure spécialisée, le podologue, l’infirmière et la Clinique du pied, les patients ne savent plus toujours à qui s’adresser.
Le mot « médicale » ajoute à la confusion. Il peut donner l’impression qu’une pédicure médicale et un podologue exercent le même métier, avec les mêmes compétences et les mêmes possibilités de remboursement. Mais ce n’est pas le cas.
Et lorsqu’une personne est diabétique, souffre d’une mauvaise circulation ou ne sent plus correctement ses pieds, choisir le bon professionnel ne relève plus seulement du confort. Cela devient une question de sécurité.
Pédicure esthétique, pédicure médicale et podologue: quelle différence ?
Ces professionnels s’occupent tous des pieds, mais ils n’interviennent pas dans les mêmes situations.
La pédicure esthétique
La pédicure esthétique travaille sur un pied sain. Elle réalise des soins de confort et de beauté:
- coupe et mise en forme des ongles
- soin des cuticules
- hydratation
- pose de vernis
- amélioration de l’apparence générale des pieds.
Elle n’est pas l’interlocutrice adaptée face à une douleur inexpliquée, un ongle très épaissi ou incarné, une lésion, une infection ou un pied présentant un risque médical particulier.
La pédicure médicale ou spécialisée
La pédicure médicale intervient davantage sur les problèmes courants de la peau et des ongles:
- ongles difficiles à couper ou très épaissis
- cors et oeils-de-perdrix
- durillons et callosités
- crevasses
- ongles qui commencent à s’incarner, en l’absence de complication
- difficultés à entretenir ses pieds en raison de l’âge, d’un handicap ou d’une perte de mobilité.
Son intervention vise à soulager, prévenir les blessures et maintenir les pieds dans un état confortable.
Elle doit également savoir reconnaître ses limites: une plaie, un écoulement, une inflammation importante, une suspicion de mauvaise vascularisation ou une perte de sensibilité doivent conduire à une évaluation médicale, infirmière ou podologique.
Le podologue
Le podologue est un professionnel paramédical reconnu. Pour exercer en Belgique, il doit disposer d’un agrément et d’un visa délivré par les autorités compétentes. Il ne se limite pas à couper les ongles ou à retirer un cor. Il peut notamment réaliser une évaluation plus complète du pied et du membre inférieur:
- analyse des appuis et de la marche
- recherche de troubles biomécaniques
- évaluation des déformations
- examen du pied diabétique à risque
- réalisation de certaines orthèses ou semelles
- prévention des récidives de lésions
- suivi podologique dans le cadre des programmes de soins du diabète.
C’est également chez un podologue disposant d’un numéro INAMI que doivent être réalisées les séances de podologie remboursées dans le cadre du diabète.
Qui consulter selon le problème rencontré ?
| Situation | Interlocuteur à privilégier |
|---|---|
| Soin de beauté sur un pied sain | Pédicure esthétique |
| Ongles longs, épais ou difficiles à couper | Pédicure médicale ou spécialisée |
| Cors, durillons ou callosités sans plaie | Pédicure médicale ou spécialisée |
| Douleur récurrente à la marche ou problème d’appui | Podologue |
| Déformation importante ou besoin d’une orthèse | Podologue |
| Pied diabétique avec perte de sensibilité ou mauvaise circulation | Podologue, médecin ou équipe spécialisée |
| Plaie, écoulement, rougeur importante ou zone noire | Médecin, infirmière ou Clinique du pied |
| Besoin d’un remboursement dans le cadre du diabète | Podologue agréé disposant d’un numéro INAMI |
Une pédicure médicale peut repérer une anomalie et orienter vers le médecin ou le podologue. Le podologue peut demander un avis médical. L’infirmière peut découvrir une plaie pendant un autre soin et organiser rapidement la prise en charge.
Le plus important est que chacun reste dans son champ de compétences et transmette l’information au bon moment.
Les pieds d’une personne diabétique demandent plus de prudence
Le diabète peut progressivement altérer la sensibilité et la circulation sanguine.
Une personne peut donc se blesser sans ressentir de douleur. Un frottement dans une chaussure, une petite coupure ou un cor traité trop agressivement peuvent évoluer sans attirer immédiatement son attention. Récemment, un patient diabétique, faisant des travaux dans sa maison, a marché toute la journée avec un petit caillou dans sa chaussure. Ce n’est que le soir qu’il s’est aperçu de la présence d’une petite plaie punctiforme. Chez un diabétique, même une lésion minuscule peut devenir une porte d’entrée pour une infection, puis une plaie beaucoup plus complexe.
Certains signes doivent particulièrement attirer l’attention:
- diminution ou disparition de la sensibilité
- fourmillements ou sensations de brûlure
- pied anormalement froid
- changement de couleur
- peau très sèche ou fissurée
- déformation des orteils
- callosité qui revient toujours au même endroit
- ampoule, coupure ou plaie
- écoulement ou mauvaise odeur
- zone rouge, violacée ou noire.
Une personne diabétique ne devrait jamais découper elle-même un cor avec une lame ni utiliser un produit corrosif acheté en pharmacie sans avis professionnel.
Et une plaie du pied diabétique ne relève pas d’un simple rendez-vous de pédicurie. Elle doit être évaluée rapidement par un médecin, une infirmière formée en soins de plaies, un podologue ou une Clinique du pied, selon sa gravité.
Être diabétique donne-t-il automatiquement droit à des soins de podologie remboursés ?
Non.
Le diagnostic de diabète ne suffit pas, à lui seul, pour obtenir le remboursement des séances de podologie. Le patient doit être suivi dans l’un des dispositifs prévus par l’assurance soins de santé et présenter un risque podologique accru.
Il existe notamment deux dispositifs qu’il ne faut pas confondre :
- le Trajet de démarrage Diabète de type 2
- le Trajet de soins Diabète de type 2.
Le Trajet de démarrage Diabète de type 2
Depuis 2024, le Trajet de démarrage permet d’accompagner plus tôt les personnes atteintes d’un diabète de type 2.
Pour y entrer, trois conditions doivent être réunies:
- avoir reçu un diagnostic de diabète de type 2
- disposer d’un dossier médical global, ou DMG
- ne pas être déjà suivi dans un Trajet de soins Diabète de type 2 ni dans un programme d’autogestion organisé par un centre spécialisé.
Il ne faut pas signer de contrat avec un endocrinologue pour intégrer ce dispositif.
Le patient doit en parler au médecin généraliste qui gère son DMG. Celui-ci lance le Trajet de démarrage dans le dossier médical et peut ensuite prescrire les soins utiles. Ce Trajet de démarrage peut notamment donner accès à:
- des séances d’éducation au diabète
- deux séances de diététique par an
- un examen buccal annuel
- deux séances de podologie par an lorsque le patient présente un risque podologique accru.
Qui peut bénéficier du Trajet de soins Diabète de type 2 ?
Le Trajet de soins concerne un diabète de type 2 plus avancé. Pour pouvoir l’intégrer, le patient doit notamment:
- être traité par une ou deux injections d’insuline par jour
ou
- présenter des résultats insuffisants sous traitement oral et devoir envisager un traitement par insuline, ce qui comprend également certaines situations dans lesquelles un incrétinomimétique est utilisé (médicaments antidiabétiques qui imitent l’action des hormones intestinales incrétines pour stimuler la sécrétion d’insuline dépendante du glucose et réguler la glycémie).
et
- être en mesure de se rendre en consultation.
Ce Trajet de soins ne concerne pas les personnes atteintes d’un diabète de type 1, ni les femmes enceintes ou souhaitant une grossesse.
Il repose sur un contrat signé par :
- le patient
- son médecin généraliste
- son médecin spécialiste du diabète.
Après la signature, le médecin généraliste transmet une copie du contrat à la mutualité. Le médecin-conseil confirme ensuite la date d’entrée en vigueur.
Pour conserver les avantages du Trajet de soins, le patient doit également avoir au moins deux contacts par an avec son médecin généraliste et consulter son spécialiste au moins une fois par an.
Quand les séances de podologie sont-elles remboursées ?
Dans le cadre du Trajet de démarrage ou du Trajet de soins Diabète de type 2, l’INAMI rembourse deux séances de podologie de minimum 45 minutes par année civile lorsque le patient appartient à un groupe à risque.
Les groupes concernés sont les suivants:
- Groupe 1: perte de sensibilité du pied objectivée à l’aide d’un monofilament de 10 grammes
- Groupe 2a: déformations orthopédiques légères, comme certains orteils en marteau, un hallux valgus limité ou des proéminences avec cors peu importants
- Groupe 2b: anomalies orthopédiques plus prononcées
- Groupe 3 : troubles vasculaires, plaie du pied, antécédent d’amputation ou pied de Charcot.
Le patient ne doit évidement pas essayer de déterminer lui-même son groupe à risque. Cela se fait lors de la consultation en diabétologie.
Pour bénéficier du remboursement:
- une prescription médicale est nécessaire
- le groupe à risque doit être indiqué
- les deux séances ne peuvent pas être réalisées le même jour
- le patient doit être ambulatoire
- les soins doivent être effectués par un podologue disposant d’un numéro INAMI.
Ces séances sont intégralement remboursées dans les conditions prévues par l’INAMI.
Le remboursement concerne-t-il aussi la pédicure médicale ?
Pas dans le cadre de ce remboursement INAMI.
Les deux séances prévues par les programmes du diabète sont des séances de podologie. Elles doivent être réalisées par un podologue agréé disposant d’un numéro INAMI.
Une consultation chez une pédicure médicale ne peut donc pas être facturée comme une séance de podologie du Trajet de démarrage ou du Trajet de soins.
Certaines mutualités proposent néanmoins une intervention complémentaire pour les soins de pédicurie, notamment aux personnes âgées ou diabétiques. Les montants et les conditions varient selon la mutualité et peuvent évoluer.
Avant de prendre rendez-vous chez une pédicure, posez deux questions à votre mutuelle:
- Ma mutualité rembourse-t-elle une partie des soins de pédicurie ?
- Dois-je faire compléter un document particulier ?
Cela évite de découvrir après le soin que l’intervention attendue ne s’applique pas.
La pédicurie chez Harmonéo
Chez Harmonéo, les soins de pédicure médicale à domicile sont réalisés par Telia, qui est également infirmière.
Cette double compétence ne la transforme pas en podologue, mais elle apporte une vigilance clinique supplémentaire. Elle sait qu’un cor sur un pied sain et un cor sur un pied diabétique insensible ne se traitent pas avec la même légèreté.
Elle peut prendre en charge les soins courants des ongles et de la peau lorsque la situation le permet, mais aussi repérer une anomalie et recommander une évaluation par le médecin, le podologue ou Isabelle qui est référente en soins de plaies.
Nous préférons réorienter un patient une fois de trop que travailler sur un pied dont le risque a été sous-estimé.
Vous avez besoin d’un soin de pédicure médicale à domicile ou vous ne savez pas quel professionnel consulter ? Contactez l’équipe Harmonéo. Nous vérifierons avec vous si la situation relève d’un soin de pédicurie, d’une évaluation podologique ou d’un suivi médical.
