Accompagner un proche à domicile: 5 erreurs à éviter
Vous voyez votre proche avoir des difficultés à se relever et vous voilà en train de le tirer par le bras. Vous voyez votre proche perdre l’appétit et du poids et vous voilà à faire le forcing pour qu’il mange un de vos délicieux petit plat. Vous voyez votre proche perdre la mémoire mais vous préférez penser que c’est passager plutôt que penser au pire.
Ce sont souvent des décisions prises soit dans l’urgence soit par méconnaissance, par des proches fatigués qui essaient simplement de bien faire. Heureusement, accompagner un proche à domicile ne signifie pas devoir tout savoir, tout faire et tout porter seul.
Voici les cinq erreurs que je rencontre le plus souvent sur le terrain et surtout, ce que vous pouvez faire autrement.
1. Tout faire systématiquement à sa place
Quand une personne est fatiguée, douloureuse ou ralentie, il est tentant de tout faire pour elle: la laver, l’habiller, lui apporter chaque objet, répondre à sa place ou la relever avant même qu’elle ait essayé.
Sur le moment, cela paraît plus rapide. À force, cela peut pourtant accélérer la perte d’autonomie et de confiance.
Aider correctement, ce n’est ni laisser la personne se débrouiller au risque de tomber, ni la rendre dépendante de gestes qu’elle pourrait encore accomplir.
Avant d’intervenir, demandez à votre proche ce qu’il peut encore faire lui-même et à quel moment votre aide devient nécessaire. Et observez le.
Une personne peut, par exemple, ne plus savoir prendre une douche seule, mais rester capable de se laver le visage et le haut du corps. Elle peut avoir besoin d’aide pour enfiler un pantalon, mais encore choisir ses vêtements et passer ses bras dans un pull.
Ces petits gestes prennent parfois plus de temps. Ils entretiennent pourtant les capacités, la coordination et l’estime de soi.
Mon conseil: sécurisez, restez à proximité et intervenez là où c’est nécessaire. Et n’hésitez pas à faire appel à une équipe de soins à domicile si cela devient trop lourd pour vous.
2. Improviser avec les médicaments
C’est l’une des situations les plus risquées à domicile.
Parfois, plus personne ne sait plus exactement ce qui a été pris par le patient. Dans le doute, on ne donne pas le traitement ou, au contraire, on le donne une seconde fois. Le patient se retrouve alors potentiellement en double dose… ou sans traitement.
Ne comptez pas sur la mémoire, les boîtes posées sur la table ou un morceau de papier griffonné.
Préparez un pilulier à partir d’un schéma de traitement récent. Si le traitement est complexe, s’il change régulièrement ou si personne ne peut préparer le pilulier de manière fiable, demandez à notre équipe infirmière de s’en charger.
À domicile, il faut une seule liste de médicaments, datée et mise à jour. En cas de différence entre l’ordonnance de sortie, le traitement habituel et ce qui se trouve réellement dans l’armoire, demandez une vérification au médecin, au pharmacien ou à votre infirmière.
N’écrasez jamais un comprimé et n’ouvrez pas une gélule sans avoir vérifié que cela est autorisé. Les médicaments à libération prolongée, parfois signalés par les mentions LP, MR, SR ou XL, et les comprimés gastro-résistants peuvent perdre leur fonctionnement lorsqu’ils sont écrasés ou la dose peut être libérée trop rapidement.
Les recommandations pharmaceutiques rappellent que tous les comprimés ne peuvent pas être écrasés et toutes les gélules ne peuvent pas être ouvertes.
De la même manière:
- ne doublez pas une dose oubliée sans avis médical
- ne réutilisez pas un ancien traitement non mis à jour
3. Soulever ou transférer avec la force des bras
Je vois encore des proches tirer une personne sous les aisselles, la retenir par un bras ou tenter de la porter entre le lit et le fauteuil.
Le risque ne concerne pas uniquement le dos de l’aidant. Une mauvaise prise peut provoquer une chute, une douleur, une blessure à l’épaule, un arrachement cutané ou une perte de confiance chez le patient.
Avant un transfert, il faut savoir si la personne peut:
- prendre appui sur ses jambes
- comprendre et suivre une consigne
- maintenir son équilibre
- pivoter sans que ses genoux se dérobent
- supporter le transfert sans douleur ni essoufflement important.
Si ce n’est pas le cas, on ne compense pas avec le dos de l’aidant ou du soignant: on revoit la méthode et le matériel.
Notre équipe infirmière peut vous montrer comment positionner le fauteuil, régler la hauteur du lit et utiliser correctement une aide au transfert. Selon la situation, un déambulateur, une planche de transfert, un verticalisateur ou un lève-personne peut devenir nécessaire.
Un lève-personne ne s’utilise pas pour la première fois à partir d’une vidéo. Le choix de la sangle, son positionnement et la capacité du patient à supporter le transfert doivent être vérifiés.
Si la mobilité diminue, il est également utile d’anticiper le choix d’un lit médicalisé et, en cas d’alitement prolongé, celui d’un matelas adapté au risque d’escarre.
Le bon matériel évite que deux personnes se blessent en essayant de s’aider mutuellement.
4. Forcer au lieu de chercher la cause
Il faut que tu manges, bois encore un peu, il faut absolument te laver maintenant…
Ces phrases partent d’une bonne intention mais ça vaut la peine de chercher ce qui se cache derrière un refus.
Une personne peut moins manger ou moins boire en raison:
- d’une douleur
- de nausées
- d’une constipation
- d’une bouche douloureuse ou trop sèche
- d’une difficulté à avaler
- d’un essoufflement
- d’une fatigue importante
- d’un état confusionnel
- d’une perte du goût
- d’un effet secondaire médicamenteux
- de l’évolution d’une maladie ou d’une fin de vie.
Observez plutôt ce qui se passe. La personne tousse-t-elle en buvant ? Sa voix devient-elle mouillée après quelques gorgées ? Garde-t-elle les aliments en bouche ? Est-elle nauséeuse, somnolente ou trop essoufflée pour manger ?
Proposez de petites quantités, laissez du temps et notez ce qui est réellement consommé. Ne modifiez pas les textures et n’épaississez pas les boissons au hasard: demandez l’avis d’un professionnel.
Le même raisonnement vaut pour la toilette ou les soins. Un refus peut être lié au froid, à la douleur, à la pudeur, à l’horaire choisi ou à la peur de tomber. Parfois, décaler le soin, chauffer la pièce ou changer la manière de proposer suffit à débloquer la situation.
Et parfois, il faut accepter qu’un soin non urgent attende un peu.
5. Attendre que la situation devienne spectaculaire
Les dégradations commencent souvent par de petits changements:
- une personne plus somnolente ou confuse que d’habitude
- un essoufflement nouveau
- une douleur qui apparaît ou change de caractère
- une diminution importante des boissons ou des urines
- plusieurs médicaments refusés ou oubliés
- une chute, même sans blessure visible
- une faiblesse qui empêche soudainement de se lever
- un pansement rapidement saturé
- une rougeur qui s’étend
- un changement inhabituel du comportement.
Vous ne devez pas poser le diagnostic. En revanche, vos observations sont précieuses parce que vous connaissez le fonctionnement habituel de votre proche.
Une transmission utile peut tenir en quelques lignes:
- ce qui a changé
- depuis quand
- la température, si elle a été prise
- l’endroit et l’intensité de la douleur
- les médicaments pris ou non pris
- ce que la personne a bu, mangé ou éliminé
- la présence d’une chute ou d’un événement inhabituel.
Avec ces informations, nos infirmières peuvent évaluer la situation, décider des premières mesures relevant de leurs compétences et déterminer s’il faut contacter le médecin.
En cas de difficulté respiratoire importante, de perte de connaissance, de saignement incontrôlable ou de déficit neurologique brutal, n’attendez pas un passage infirmier : appelez le 112.
Et si le problème concerne un pansement ?
Un pansement ne doit pas être ouvert juste pour regarder. Il ne faut pas davantage ajouter de l’alcool, de l’éther, une pommade, un désinfectant ou un adhésif de fortune sans consigne.
En revanche, un pansement décollé, souillé, mouillé ou rapidement saturé doit être signalé. L’infirmière vous dira s’il faut intervenir avant son passage et comment protéger la plaie en attendant.
En tant qu’infirmière référente en soins de plaies, mon rôle ne consiste pas uniquement à transmettre une observation au médecin. J’évalue la plaie, son évolution, la peau autour, les exsudats et les facteurs qui retardent la cicatrisation. J’adapte le protocole de soins dans le cadre de mes compétences et je coordonne avec le médecin lorsque l’état général, la cause de la plaie ou une complication le nécessite.
Un proche aidant ne doit pas devenir soignant malgré lui
Préparer les repas, sécuriser le domicile, observer un changement, encourager l’autonomie et transmettre les bonnes informations font pleinement partie du rôle de l’aidant.
Diagnostiquer, modifier un traitement, inventer un protocole de soins ou réaliser un geste technique sans l’avoir appris n’en font pas partie.
En Belgique, certains actes infirmiers peuvent être réalisés par un proche lorsqu’ils ont été enseignés par un médecin ou une infirmière et intégrés dans une procédure ou un plan de soins. Mais le lien familial ne suffit pas, à lui seul, pour improviser un acte technique. Le cadre belge concernant les aidants et les activités infirmières autorisées prévoit des conditions, des instructions et, selon le geste, une formation.
Vous avez également le droit de dire qu’un geste vous fait peur, qu’un transfert est devenu trop lourd ou que vous ne pouvez plus assurer une présence permanente.
Votre rôle n’est pas de devenir à la fois infirmier, pharmacien, manutentionnaire et garde de nuit.
Votre rôle est d’aider sans effacer la personne, de remarquer ce qui change et de passer le relais avant la crise.
Si vous accompagnez un proche à domicile et que certaines situations deviennent difficiles à gérer, parlez-en à votre équipe infirmière. Nous pouvons évaluer ce qui se passe réellement, vous montrer les gestes utiles et organiser les relais nécessaires.
