Matelas anti-escarres: comment choisir le bon modèle ?
Faut-il vraiment investir dans un matelas anti-escarres ?
Cette question, je l’entends souvent. Malheureusement, elle arrive parfois lorsque la première rougeur est déjà là.
Il n’existe pourtant pas un nombre d’heures magique à partir duquel il faudrait soudain commander un matelas. Une personne qui bouge seule dans son lit n’est pas exposée au même risque qu’une personne incapable de changer de position, même si toutes les deux passent beaucoup de temps couchées.
Ce n’est donc pas seulement le nombre d’heures qu’il faut regarder. C’est la personne.
Une escarre, ce n’est pas seulement un problème de peau
Une escarre est une lésion de la peau et parfois des tissus situés en dessous. Elle apparaît généralement lorsqu’une zone du corps reste comprimée trop longtemps, souvent au niveau du sacrum, des talons, des hanches ou des chevilles.
La pression n’est pas le seul élément en cause. Les frottements, le glissement dans le lit, l’humidité, l’incontinence, la dénutrition, une mauvaise circulation sanguine, le diabète ou une diminution de la sensibilité peuvent également augmenter le risque.
Une escarre peut donc apparaître même lorsque la famille et les soignants font de leur mieux. Présenter systématiquement cette plaie comme le résultat d’une négligence serait aussi faux qu’injuste.
En revanche, certains risques peuvent être repérés plus tôt. Et c’est précisément là que le choix du matelas devient important.
Quand faut-il envisager un matelas anti-escarres?
Il faut demander une évaluation lorsque la personne :
- ne parvient plus à changer régulièrement de position
- glisse dans son lit ou reste appuyée sur la même zone
- passe une grande partie de la journée au lit ou au fauteuil
- a perdu une partie de sa sensibilité
- présente une peau fragile, humide ou régulièrement exposée à l’incontinence
- mange peu ou a perdu beaucoup de poids
- souffre de troubles circulatoires, de diabète ou d’une maladie grave
- a déjà présenté une escarre
- présente une rougeur persistante ou une plaie de pression existante.
Le poids doit également être pris en compte. Un matelas prévu pour une personne de corpulence moyenne ne répartira pas correctement les pressions s’il est utilisé au-delà du poids qu’il peut supporter.
Au fauteuil, le raisonnement est le même: si la personne ne peut pas modifier ses appuis, un coussin de prévention adapté peut devenir nécessaire.
Tous les matelas dits « anti-escarres » ne se valent pas
Le terme « matelas anti-escarres » peut donner l’impression qu’il suffit de choisir n’importe quel produit portant cette mention. Ce n’est pas le cas.
Il existe plusieurs grandes familles de supports.
Le matelas en mousse à redistribution de pression
Il s’adapte à la forme du corps et répartit mieux les appuis qu’un matelas ordinaire. Il peut constituer une première solution pour une personne à risque, notamment lorsqu’elle conserve une certaine capacité à se mobiliser.
Mais toutes les mousses ne se valent pas. Leur densité, leur épaisseur, leur découpe et le poids maximal supporté ont une importance.
Le matelas à air réactif ou statique
Ses cellules d’air s’adaptent au poids et à la position de la personne. La pression est redistribuée sans alternance automatique entre les différentes zones.
Selon les modèles, il peut fonctionner avec ou sans alimentation électrique.
Le matelas à pression alternée
Il est relié à un compresseur qui gonfle et dégonfle successivement différentes cellules. Les zones d’appui changent donc régulièrement, sans que toute la mobilisation repose sur le patient ou sur l’aidant.
Ce type de support peut être envisagé pour une personne présentant un risque important, une mobilité très réduite, une escarre existante ou une situation dans laquelle un matelas en mousse ne suffit plus.
Cela ne signifie pas que le matelas à pression alternée est automatiquement le meilleur choix pour tout le monde. Le poids, l’état de la peau, la localisation d’une éventuelle plaie, le confort, la capacité à bouger et les objectifs de soins doivent être évalués ensemble.
Ce que quelques euros économisés peuvent réellement coûter
Je pense à une patiente d’environ 150 kilos, rentrée à domicile pour des soins palliatifs avec une escarre sacrée de la taille d’un pamplemousse.
Sa famille avait essayé de faire le nécessaire. Elle avait loué un matelas présenté comme « anti-escarres », mais avait renoncé au matelas à pression alternée, plus coûteux.
Le support choisi n’était manifestement pas suffisant pour son poids, son immobilité et l’importance de sa plaie. Les berges ont commencé à se nécroser et l’escarre a continué à progresser.
Bien sûr, chez une personne en fin de vie, le matelas n’explique pas tout. L’état général, la circulation, la nutrition, l’immobilité et l’évolution de la maladie influencent également la cicatrisation.
Mais faire l’économie du support adapté peut entraîner des pansements plus complexes, davantage de soins et, surtout, davantage de douleurs pour la personne.
Ce cas ne signifie pas que tout le monde a besoin d’un matelas à pression alternée. Il montre qu’un matériel choisi uniquement en fonction de son prix ou de l’étiquette « anti-escarres » peut devenir une très mauvaise économie.
Même le meilleur matelas ne remplace pas les changements de position
Un matelas adapté réduit la pression. Il ne la fait pas disparaître.
Les recommandations internationales sur la prévention des escarres sont très claires : aucun support ne remplace complètement les changements de position.
La fréquence doit être adaptée à la personne, à sa mobilité, à sa peau, à son état clinique, à son confort et au type de matelas utilisé. Il n’existe donc pas davantage d’horaire universel imposant de tourner tout le monde exactement toutes les deux heures.
Dans le cadre de soins palliatifs, le confort et les souhaits de la personne doivent également être pris en compte. Une mobilisation douloureuse ou épuisante n’a pas toujours de sens. La prévention doit alors être ajustée aux objectifs des soins.
Le matelas doit s’intégrer dans un ensemble de mesures:
- observer régulièrement la peau
- modifier les points d’appui
- éviter les plis dans les draps
- limiter l’humidité et la macération
- protéger les talons si nécessaire
- surveiller l’alimentation et l’hydratation
- utiliser un coussin adapté lorsque la personne reste longtemps au fauteuil.
Quels signes doivent alerter?
Il ne faut pas attendre que la peau soit ouverte.
Une rougeur persistante qui ne blanchit pas lorsqu’on appuie dessus peut être un premier signe. Sur une peau plus foncée, la modification de couleur peut être beaucoup moins visible. Il faut alors être attentif à une zone plus chaude ou plus froide, plus dure, plus molle, gonflée ou douloureuse.
Une douleur localisée au niveau d’un point d’appui peut également précéder une lésion visible.
Lorsqu’un de ces signes apparaît, la zone doit être soulagée de la pression et évaluée rapidement par un professionnel de santé.
Si une plaie est déjà présente, le choix du support doit faire partie de la prise en charge globale des soins de plaies à domicile. Changer de pansement sans corriger la pression qui entretient la plaie revient à essayer d’écoper sans fermer le robinet.
Comment obtenir un matelas adapté en Belgique ?
Commencez par demander une évaluation à l’infirmière, au médecin ou à un autre professionnel qui connaît l’état de la personne.
Contactez ensuite votre mutualité pour vérifier :
- les éventuels avantages accordés à ses affiliés
- les fournisseurs avec lesquels elle travaille
- les documents éventuellement demandés
- le montant qui restera à votre charge.
Une prescription médicale peut être nécessaire pour obtenir certaines interventions financières. Elle n’est cependant pas obligatoire pour louer un matelas auprès de tous les fournisseurs.
La Croix-Rouge de Belgique propose, par exemple, la location de matelas de prévention à toute personne, quelle que soit sa mutualité. En septembre 2026, elle annonce des tarifs à partir de 18 euros par mois et une livraison généralement possible dans les 24 heures. Ces tarifs et délais peuvent évoluer.
Avant d’accepter le matériel, demandez :
- quel poids le matelas peut supporter
- s’il s’agit d’un support en mousse, à air réactif ou à pression alternée
- si un compresseur est nécessaire
- ce qui se passe en cas de panne ou de coupure de courant
- si la livraison, l’installation, l’entretien et l’enlèvement sont compris
- si le modèle est compatible avec le lit utilisé.
Si un lit adapté doit également être installé, consultez notre article: Comment obtenir un lit médicalisé à domicile en Belgique ?
Mon conseil d’infirmière
N’achetez pas un matelas uniquement parce que l’emballage comporte les mots « anti-escarres ». Et n’attendez pas qu’une plaie apparaisse pour demander si le support utilisé est suffisant.
Le bon matelas n’est pas nécessairement le plus cher. C’est celui qui correspond à la mobilité, au poids, à l’état de la peau et aux besoins réels de la personne.
Vous constatez une rougeur persistante, une douleur sur un point d’appui ou une plaie chez une personne suivie à domicile dans la Région du Centre, à Mons-Est ou Soignies ? Harmonéo peut évaluer la situation, assurer les soins et vous orienter vers le matériel adapté.
